21 juin 2024

Le deux poids, deux mesures judiciaire…La ruée vers Diomaye, opportunisme ou…

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Bassirou Diomaye Faye, secrétaire général et n°2 des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité (PASTEF)

Bassirou Diomaye Faye, secrétaire général et n°2 des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF) a été arrêté et placé en détention en  avril 2023 pour diffusion de fausse nouvelle, outrage à magistrat et diffamation envers un corps constitué, à la suite de la publication d’un post sur les réseaux sociaux.  Qu’avait-il écrit ? “Certains magistrats, une infime minorité, se sont donnés comme mission d’égorger, de dépecer et de servir de la viande fraîche d’opposants au président Macky Sall pour qu’il décide à quelle sauce il voudrait les manger. Ce comportement doit cesser”.  Ce langage,  il est vrai, fleuri et  excessif, n’honore pas celui qui l’a tenu. Mais ce propos est-il moins grave que ceux déversés par des figures du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) contre le Conseil constitutionnel depuis la disqualification de leur candidat, Karim Wade, par cette juridiction. 

Dans un communiqué, le PDS écrit que les  “juges Cheikh Tidiane Coulibaly et Cheikh Ndiaye (membres du Conseil constitutionnel) auraient dû se récuser en raison de leurs connexions douteuses et de leur conflit d’intérêts ». Dans le même texte, ils allèguent que des “figures comme Farba Ngom et Abdou Latif Coulibaly jouent un rôle douteux avec certains membres du Conseil”.  Je ne suis pas juriste, je n’ai pas non plus fait d’études de Droit, mais il me semble que ces assertions sont tout aussi outrageantes voire beaucoup plus même que celles de de M. Faye de PASTEF. 

Chose beaucoup plus étonnante, la coalition Benno Bokk Yakaar ainsi que l’Alliance Pour la République (APR), promptes à s’ériger en boucliers de la Magistrature et à crier à l’atteinte contre les institutions quand Ousmane Sonko critiquait la Justice, sont cette fois-ci bien silencieuses sur le communiqué du PDS. Elles semblent même la bénir puisque leurs députés (ceux de Benno) approuvent l’initiative de l’enquête parlementaire enclenchée par les députés du PDS.   L’affaire sera inscrite à l’ordre du jour de la séance plénière prévue pour le mardi 30 janvier 2024 pour son adoption.

Tout cela ne sent pas bon et écorne  un peu plus l’image du Sénégal. 

La ruée vers Diomaye : sincérité ou opportunisme

Bassirou Diomaye Faye, désigné officiellement par Ousmane Sonko pour porter “Le Projet”, a le vent en poupe du côté de l’opposition, à moins d’un mois du scrutin présidentiel.  Le “chosen one”,  toujours en détention préventive, a reçu en l’espace d’une semaine les soutiens de plusieurs personnalités : l’ancienne Prémière ministre, Aminata Touré, l’ancien ministre de l’Enseignement Supérieur,  Mary Teuw Niane, Aida Mbodj, qui fut ministre de la Femme, Marième Soda Ndiaye, qui fit sensation comme Députée à l’Assemblée, il y a quelques années, entre autres. 

Quelques-uns de ces ralliements ont de quoi nous étonner quand même, même s’il vrai que la vie politique sénégalaise nous a habitués aux revirements spectaculaires. 

“Diomaye moy Sonko”, est le slogan des membres du parti dissous, PASTEF.  M. Faye est ainsi présenté comme le clone du maire de Ziguinchor. Sauf qu’il n’y a même pas deux ans, Aminata Touré refusait le débat que ce dernier lui proposait, l’appelant, entre autres, à “condamner le MFDC,  à apporter son soutien sans faille à l’armée nationale et qu’il à reconnaître le caractère multi-ethnique de la Casamance comme partie intégrante et inséparable du Sénégal”, à “s’engager à respecter les Institutions qu’il attaque régulièrement”, et à “se laver de toutes les accusations graves dans le dossier de Adji Sarr”,  car elle (Mimi Touré) “milite depuis de longue années pour la protection morale et physique des femmes vulnérable”. Dans un entretien accordé à Dakaractu, le 18 août 2018, Mme Touré disait, à propos de Ousmane Sonko, que “s’il pense que c’est à l’école de l’insolence et des injures qu’il va gagner ses galons en politique, il ne tardera pas à savoir ce qu’en pensent les sénégalais”. Elle ajoutait : “il faut mettre un terme à cet ensauvagement de la vie politique par des acteurs qui pratiquent la politique de la terre brûlée parce qu’il n’ont pas d’autres arguments à faire valoir. Lui (Ousmane Sonko), je n’ai l’ai jamais entendu comme inspecteur des impôts à l’époque s’indigner du bradage des terres, du FESMAN, festival de danse de 90 milliards ou de la « Ségurisation » généralisée sous le régime d’ Abdoulaye Wade”

Je sais que les temps changent, je sais aussi que “seuls les imbéciles ne changent pas d’avis”, mais quand même ! 

Passer de directrice de campagne de Macky Sall, tête de liste de la coalition Benno Bokk Yaakaar lors des lections législatives, qui se sont tenues il y a moins de deux ans, à soutien du clone de Ousmane Sonko, relève d’un sacré grand écart. Mme Touré, personnage remarquable à bien des égards, pourra difficilement nous faire croire qu’elle a adhéré au “Projet” par convergence des idées.  

Convenons plutôt qu’elle a choisi la personnalité la mieux placée – portée par l’aura du chef emprisonné  de l’opposition – pour solder ses comptes avec Macky Sall et Benno Bokk Yaakaar. 

À un degré moindre, on pourrait faire le même jugement à propos de Marième Soda Ndiaye, même si à son crédit son discours de rupture et anti-corruption est à certains égards proche de celui de PASTEF. Toutefois, la cohérence aurait voulu qu’elle soutienne Thierno Alassane Sall, son allié lors des dernières élections législatives au sein de la coalition AAR Sénégal. Mais les chances de M. Sall  de parvenir à la Magistrature suprême sont beaucoup plus infimes que celles du champion de Sonko. N’a-t-elle pas elle aussi juste misé sur le meilleur cheval dans cette course ? 

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