25 juin 2024

[Crime 221] Adjudant-Chef Major Tamsir Sané : Mort « pour l’honneur et la patrie »

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Dans l’exercice de ses fonctions, en 2019, le Commandant de la brigade de gendarmerie de Koumpentoum est décédé au nom de la patrie. Un coup dur pour le Sénégal, la gendarmerie nationale en particulier. Les auteurs de cet acte l’ont payé cher.

Nous sommes le 26 juillet 2019. A Koumpentoum, il est presque 4 heures du matin. Pourtant, à cette heure tardive, un individu clopinant franchit péniblement le seuil de la brigade de gendarmerie. Il souffre.

Il s’agit de l’un des vigiles de l’Agence du Poste-Finance de la localité, Ibra Pouye Seck.  «Monsieur l’officier, une bande de malfrats enturbannés et lourdement armés de fusils d’assaut tentent de dérober l’argent public. Je l’ai échappé belle ! »,  alerte-t-il.

En permanence cette nuit, le gendarme Malamine Diédhiou informe son supérieur, le commandant Major Tamsir Sané. Comme à chaque appel du devoir, Major ne perd guère de temps. Il met rapidement sur place une équipe d’intervention.

Mort en service

À quelques encablures de  La Poste, Diédhiou qui était au volant, reçoit l’ordre de rouler doucement, feux éteints. Voulant prendre les assaillants par surprise, le commandant demande à ce que le moteur soit coupé. A ce moment-là, simultanément, un coup de feu retentit. 

Descendant de la voiture, Major Tamsir Sané  interdit à ses éléments de tirer. Pourtant, le tir provenait de l’intérieur de la poste. Pire, un projectile atteint à la tête le chef de troupe, alors même qu’il finissait de parler. Il perd la vie.  Trois de ses hommes à savoir Amadou Ba, Mamadou Samba Dione et Serigne Fam Ngom sont blessés.

Le certificat de genre de mort fourni par le docteur Abdou Magib Gaye de l’hôpital Aristide le Dantec  conclut à « une mort à la suite de coups et blessures par armes à feu »

Âgé de 55 ans, l’Adjudant Major Tamsir Sané a effectué 32 ans au service de l’armée sénégalaise et des Nations unies. Il a notamment servi au Soudan en mission de maintien de la paix. Armes en main, ce dernier s’en est vaillamment allé, respectant jusqu’à son dernier souffle la devise de la gendarmerie nationale du Sénégal notamment : « Pour l’honneur et la Patrie» !

Sur ce, suite à l’annonce du meurtre d’un de ses hommes du rang malencontreusement tombé au champ d’honneur, Me Sidiki Kaba, Ministre des Forces armées avertit : « Ceux qui ont commis ce crime crapuleux seront recherchés, arrêtés et jugés conformément à la loi » !

Ses frères d’armes, quant à eux, en sa mémoire, ont fait la promesse de retrouver les auteurs de cet acte sordide. 

Idrissa Sow alias Peul Bou Rafét, le tireur, a utilisé un  pistolet  automatique (P.A)

L’enquête préliminaire démarre. La gendarmerie de Tambacounda est appuyée par la Brigade de recherches de la région et la section de recherches de Dakar. Elles se déploient rapidement sur les périmètres avoisinants du lieu du crime. Mérétéo, Malème Niani, Koumaré, Gallé, Payar, Maka Colibantan entre autres localités de Koumpentoum sont minutieusement passées au peigne fin. 

Cinq jours après les faits, le 1er août 2019, Cheikh Sène, haut commandant de la gendarmerie nationale et directeur de la justice militaire, renseigne sur l’évolution de l’enquête. « Suite au meurtre du commandant de la brigade de Koumpentoum survenu le vendredi 26 juillet 2019 lors de la tentative de vol à main armée du bureau de Poste de la localité, le rideau de surveillance et d’interprétation installés par les unités de la gendarmerie nationale a permis de procéder à l’arrestation de 19 personnes, retrouvés dans différentes localités. Ces investigations ont permis d’identifier parmi cette liste de suspects, sept personnes qui ont activement participé au braquage», informe-t-il.

Dès lors, la pièce maîtresse du stratagème, un dénommé Idrissa Sow  ‘’Peul Bou Rafét’’, est identifié. Le paysan âgé de 34 ans est connu du fichier de la gendarmerie à cause de ses nombreuses arrestations et placements sous mandat de dépôt. La perquisition faite dans son domicile à Mérétéo, village situé dans le département de Koumpentoum a permis de saisir une moto, un poignard, une machette, un pistolet automatique (P.A), un coupe-coupe, et 6 munitions calibre 32 millimètres. Suite à cette découverte, le mis en cause passe aux aveux.

Ses acolytes Kékéroba Ba (38 ans), Moussa Diao (39 ans), Doudou Bâ dit Demba Sirèye (48 ans), Sidy Diallo (27 ans), Pathé Ba (67 ans) et Khoureyssi Diallo (55) ont tous, selon lui, participé à la tentative de cambriolage aboutissant au meurtre du Major Tamsir Sané.

La version des deux vigiles de La Poste

Lors de son audition, Idrissa Sow déclare qu’il ne détenait pas d’arme lors du cambriolage. Il soutient qu’il n’était pas à l’intérieur du bureau de poste ce jour-là, puisqu’il était chargé de surveiller les motos.  Des allégations contestées à l’unanimité par les autres membres de la bande. Ceux-ci affirment  que le tir ayant conduit à la mort du Major, provenait bel et bien de l’arme que détenait leur chef.

Interpellé, Madjibou Sidibé, un des vigiles de La Poste confesse : « Vers 3 heures du matin, alors que j’effectuais ma ronde habituelle, un individu encagoulé détenant une arme m’a intercepté à hauteur du forage. Il m’a par la suite sommé de rebrousser chemin. De ce fait, je suis retourné rapidement au bureau de poste pour avertir mon collègue. Une fois sur les lieux, j’ai trouvé quatre hommes enturbannés et armés jusqu’au dent ».
A son tour, son collègue Ibra Pouye Seck confie aux enquêteurs qu’il était au téléphone avec sa femme quand soudain son attention fut attirée par un bruit suspect. « J’ai, alors, à pas feutrés, emprunté le couloir menant à la cour. Mais à la vue d’une silhouette, j’ai rapidement fait demi-tour avant d’être stoppé dans ma démarche par une voix qui me demandait de ne point bouger. Ne m’arrêtant pas, je me ruais alors vers la fenêtre. Je l’ai ouvert puis j’ai sauté. Me relevant de ma chute, je fus accueilli par un violent coup à l’épaule », raconte-il. Et de continuer : « Quelqu’un d’autre se tenait à cet endroit avec une boîte à outils en main. Péniblement je me suis relevé, rassemblant toute la force qui me restait pour continuer ma course. Je suis passé à travers les grilles de la porte, mais à ce moment-là, un autre brigand armé m’attendait. Ce dernier a d’ailleurs longtemps été à mes trousses. Toutefois, son arme n’était sûrement pas chargée. Car, dans le cas contraire, il m’aurait achevé». 

Justice faite pour l’Adjudant-chef, Major Tamsir Sané

Le jeudi 25 juin 2019, les accusés comparaissent devant la chambre criminelle du Tribunal de Grande instance de Tambacounda pour associations de malfaiteurs, vol en réunion commis la nuit avec effraction, usage de véhicule, port et usage d’armes, violences ayant entraîné la mort.

Devant une assemblée consternée et enragée par la sordide affaire, les inculpés réfutent toute implication. 

«C’est sous la contrainte de la torture que j’ai avoué le crime.    Je n’étais même pas à Koumpentoum le jour des faits et je n’ai pas cité de noms. Ce sont les gendarmes qui m’ont présenté mes codétenus », se défend Idrissa Sow. Là où, les autres ont soutenu n’avoir guère participé au «hold-up».  Ainsi, les avocats de la défense dont Mes Ciré Clédor Ly, Corneille Badji, et Abdoulaye Sène sollicitent l’acquittement  pur et simple ou au bénéfice du doute. 

Pour le premier nommé, les procès-verbaux ne relèvent d’aucune authenticité car ayant été obtenues sous la torture. « Aucun élément du dossier ne prouve la culpabilité des accusés. Car, aucun des témoins n’a pu la prouver. Tous les débats n’ont porté que sur de simples déclarations. On est là devant la plus grosse arnaque judiciaire», peste Me Ly.

Cependant, le parquet général bat en brèche ces plaidoiries. Il explique que la géolocalisation prouve que la nuit du meurtre, les accusés étaient aux alentours de Koumpentoum, peu de temps avant l’alerte, pour ensuite, éteindre leurs téléphones. « Je suis convaincu que les accusés en sont les auteurs. C’est ce qui ressort de l’analyse des faits mais encore de tous les éléments du dossier», dit Pape Khalil Fall.

Il requiert la réclusion criminelle à perpétuité pour Idrissa Sow, Kékéroba Bâ, Moussa Diao, Doudou Bâ et Sidy Diallo. Quant à Pathé Bâ et Khouraychi Diallo, il demande à leur encontre une peine de 6 mois assortie du sursis pour détention illégale d’arme.

Les dommages et intérêts

À la barre, les gendarmes, Serigne Fam Ngom, Amadou Ba, Mamadou Samba Dione et Malamine Diédhiou ont ému plus d’un, en revenant, larmes aux yeux, sur les circonstances de la mort de leur défunt commandant.   

Me Khassimou Touré, avocat de la partie civile, lance : « Il ne faut surtout pas pleurer. Il faut s’en remettre au bon Dieu. Car seule, la justice divine est éternelle ». Il a, toutefois, réclamé 300 millions de FCFA en guise de dommages et intérêts à la famille de la victime et 15 millions  FCFA pour chacun des gendarmes blessés.  

Le 2 juillet 2019, la chambre criminelle du TGI de Tambacounda rend son verdict. Il a suivi le réquisitoire de l’avocat général. Idrissa Sow, alias Peulh Bou Raffet, Kékéroba Ba, Doudou Ba dit Demba Sirèye et Sidy Diallo écopent de la prison à vie. Ils doivent également allouer 100 millions de FCFA aux héritiers du défunt commandant et 2 millions de FCFA à chacun des blessés.

Pathé Ba est condamné pour le délit de recel de malfaiteurs et Khoureychi Diallo pour détention illégale d’armes sans autorisation administrative. Ils écopent de 6 mois avec sursis et le paiement d’une amende de 50.000 FCFA. 

Seulement, non contente de cette décision, la défense a interjeté appel. Le 21 novembre 2022, le dossier est rouvert devant la chambre criminelle de la cour d’appel de Tambacounda. 

« Adjudant-Chef Major Tamsir Sané, un homme modeste et serviable »

Présidée par le juge Souleymane Téliko avec ses assistants Tahir Ka et Elias Abdoulaye Ndoye notamment, l’audience aboutit finalement à l’acquittement de trois des condamnés à la réclusion criminelle. Il s’agit de Moussa Diao, Doudou Ba dit Demba Sireye et Sidy Diallo. Pour Idrissa Sow et Kékéroba Ba, la décision en première instance est maintenue.  

Lors de leur prise de parole, les avocats de la défense ont indiqué que l’enquête n’a eu comme base qu’une présomption de culpabilité. Selon eux, les enquêteurs après le braquage, ont aussitôt pensé à leurs clients pour la simple et bonne raison que ces derniers n’avaient guère une bonne réputation compte tenu de leurs casiers judiciaires chargés. Ils ont aussi précisé que les accusés ont révélé avoir été violentés, avant de passer aux aveux. 

L’ultime hommage de la gendarmerie !

Intègre, professionnel, imbu du sens du devoir et de la responsabilité, pétri de qualités humaines, tels sont les mots qui font l’unanimité sur la description du défunt Commandant Major Tamsir Sané de la brigade de gendarmerie de Koumpentoum. 

Né le 8 février 1964 à Saint-Louis, l’Adjudant-Chef Major Tamsir Sané laisse derrière lui deux veuves et des enfants éplorés. C’est à la Cité gendarmerie de Keur Massar qu’il avait élu domicile. Sa modestie et sa serviabilité le précédaient partout.  Le 2 mai 1987, il s’engage volontairement dans l’armée avant d’intégrer la gendarmerie nationale en 1989. 

Reposant au cimetière de Yoff, dix jours après cette date fatidique du 26 juillet 2019, alors même qu’il défendait le bien public, Major a eu droit à un hommage digne de ce nom à la caserne Samba Dierry Diallo de Dakar. 

Parents, frères d’armes, voisins, amis et sympathisants ont assisté à la cérémonie.  Devant cette assemblée, le lieutenant Ibrahima Sy Mbow affirme : «Tristement, nous nous rassemblons aujourd’hui pour rendre un dernier hommage à l’Adjudant Tamsir Sané décédé en service commandé en répondant à l’appel du devoir. Ses compétences, son engagement et son goût de la responsabilité ont justement été récompensés par son admission dans le corps des sous-officiers de carrière, le 23 mars 1994. Puis, il sera promu aux grades de Maréchal des logis-chef, le 1er janvier 1998 et d’adjudant, le 1er janvier 2009 ».

Avant de poursuivre : « Le 1er juillet 2012, il est promu au grade d’adjudant-chef. Son professionnalisme, son sens élevé du devoir et sa belle manière de servir ont été sanctionnés par sa promotion au grade d’Adjudant-Major, le 1er janvier 2019. Ainsi, la gendarmerie nationale dans toutes ses composantes exprime toute sa compassion et son chagrin. Elle présente de surcroît ses condoléances les plus attristées à sa famille, tout en réitérant sa solidarité et son soutien envers elle».

Président du Conseil de la jeunesse à Koumpentoum, Cheikh Goumbala témoigne : «Un homme généreux, courtois et respectueux était Major. C’est un désastre que nous regrettons. Aussi bien que sa famille, Koumpentoum le pleure ardemment, car il était des nôtres »

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